Lettre d’un socialo

Au cours de la soirée, proposée par le Comité 14-18 Pays Viganais, le 19 novembre 2016, cinq chorales se produisirent et, aussi, des textes furent dits par Nathalie Bauer et Yves Jaffrennou. Voici Yves donnant lecture d’un de ces textes : « La lettre d’un socialo », texte engagé, extrait d’un livre de Roger Martin du Gard.

Roger Martin du Gard est un écrivain français ( . Après la Première Guerre mondiale, Roger Martin du Gard conçoit le projet d’un long roman-fleuve dont le sujet initial s’intitule « deux frères ». De fait, le roman en huit volumes ensuite intitulé Les Thibault va l’occuper des années 1920 à 1940, date de publication du dernier volume, Épilogue. C’est en 1937, juste après la publication de L’Été 1914, que R. Martin du Gard se voit attribuer le prix Nobel de littérature.

Le texte

Roger Martin-du-Gard Les Thibault. L’été 1914

Jacques Thibault est un pacifiste très proche de la pensée de Jean Jaurès. Il va tenter d’envoyer des tracts aux belligérants sur les lignes de front, du haut d’un petit avion. Pour l’instant, à moitié endormi, il se voit devant le Conseil de Guerre pour avoir refusé de prendre les armes et lancé ces tracts au-dessus des lignes.

« Je sais ce qui m’attend. Mais j’use du dernier droit qui me reste : vous ne m’exécuterez pas sans m’avoir entendu !  Je n’ai pas à me défendre ! On n’a pas à se défendre d’avoir agi selon ses convictions, mais il faut que ceux qui sont ici entendent, de la bouche d’un homme qui va mourir, la vérité… […]  Il y a une loi supérieure à la vôtre : celle de la conscience. Ma conscience parle plus haut que tous vos codes… J’avais le choix entre un absurde sacrifice sur vos champs de bataille et le sacrifice dans la révolte, pour la libération de ceux que vous avez dupés.

J’ai choisi ! J’ai accepté de mourir : mais pas à votre service ! Je meurs parce que c’est l’unique moyen que vous m’avez laissé de lutter jusqu’au bout pour la seul chose qui continue à compter pour moi, en dépit de vos excitations à la haine : la fraternité entre les hommes ! […] Moi, je sais ce qui m’attends ! Mais, vous autres, le savez-vous ? Vous vous croyez les plus forts ? Aujourd’hui ! Sur un signe, avec quelques balles, oui, vous pourrez vous enorgueillir de m’avoir fait taire. Mais vous n’arrêterez rien en me supprimant ! Mon message me survit ! Demain, il portera des fruits que vous ne soupçonnez pas ! Et, même si mon appel n’avait pas d’écho, les peuples, noyés par vous dans le sang, ne tarderont pas à comprendre et à se ressaisir !

Après moi, vous verrez se lever contre vous des milliers d’hommes pareils à moi, forts d leur conscience et du sentiment de leur solidarité ! En face de vous et de vos institutions criminelles se dressent une réalité humaine et une force spirituelle devant lesquelles vos pires moyens de répression sont vains ! Le progrès, l’avenir du monde, travaillent infailliblement contre vous !

Le socialisme international est en marche ! Qu’il ait trébuché, cette fois, c’est possible. Et vous avez lâchement profité de son faux-pas. Oui, vous avez réussi votre mobilisation ! Mais ne vous illusionnez pas sur cette piètre victoire ! Vous ne renverserez pas, à votre profit, l’ordre des choses. C’est l’internationalisme, qui fatalement, triomphera de vous ! qui triomphera sur toute la terre ! Et ce n’est pas avec mon cadavre que vous lui barrerez le chemin ! »

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